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| Ce grimoire érotique rassemble des formules et secrets remontant à des époques très diverses. Les uns sentent le Moyen Age et ont conservé le cachet de superstition grossière qui caractérise l'esprit populaire de ces temps d'ignorance. |
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Les autres portent l'empreinte évidente du seizième siècle, alors que le grand mouvement de la Renaissance apporta en France, avec les hautes inspirations artistiques de l'Italie, les pratiques de ses astrologues et nécromanciens. D'autres, enfin, se rattachent à cette phase du dix-septième siècle que signalent les péripéties fantastiques ou criminelles de la ténébreuse affaire des poisons.
Les origines en sont aussi bien distinctes. La plupart peuvent être attribués à quelques sorciers de village, comme les tribunaux du dix-neuvième siècle en évoquaient encore de temps à autre, qu'ils renvoyaient à leurs moutons après un petit temps de pénitence administrative. Mais quelques-unes de ces élucubrations sembleraient plutôt écloses dans le sombre retrait de Claude Frollo. Elles exhalent un parfum de prêtre et de sacrilège, de passions comprimées et inavouables. Elles nous apportent comme un reflet des diableries hystériques de Louviers et de Loudun. Madeleine Bavent et les Ursulines de Sainte-Croix durent imaginer quelques-uns de ces sortilèges raffinés dont les choses saintes, la messe, les cérémonies du culte, les objets consacrés, fournissent les accessoires et règlent la mise en scène. D'autres enfin nous soufflent au visage les miasmes toxiques du laboratoire de Brinvilliers. On remarquera que dans toutes ces opérations tendant à inspirer de l'amour, le côté gauche, côté du coeur, est prescrit pour le côté de l'action ; le vendredi, jour de Vénus, est le jour consacré ; les animaux d'un naturel lascif : la colombe, le moineau, la caille, la belette, sont les victimes désignées ; enfin, dans la composition des philtres, entrent de préférence les substances qui semblent devoir résumer en elles la quintessence amative ou attractive ; par exemple la pierre d'aiment, le lait d'une femme allaitant son premier enfant mâle, etc. Les amoureux d'autrefois croyaient-ils sérieusement à l'influence de ces charmes magiques ?... Il n'est pas permis d'en douter ; et vous plaindrez peut-être sincèrement les belles cruelles du temps jadis qui ont dû absorber, à leur insu, bon nombre de ces poudres et de ces breuvages nauséabonds dont on trouvera ici la recette. Le livre noir de l'histoire fournirait, au besoin, la preuve irrécusable que la Montespan, entre autres, ne reculait pas devant de tels moyens pour raviver l'amour expirant du Grand Roi. |